"Promenade d'un rêveur solitaire (IV)", per a Jean Jacques Rousseau - [Private collection - Sintra] (2016)
[Acrylic on canvas - 130cm x 80]
"La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens" - Jean Jacques Rousseau, in "Les rêveries du promeneur solitaire / Quatrième promenade"
"Je me souviens d’avoir lu dans un livre de philosophie que mentir c’est cacher une vérité que l’on doit manifester. Il suit bien de cette définition que taire une vérité qu’on n’est pas obligé de dire n’est pas mentir : mais celui qui non content en pareil cas de ne pas dire la vérité dit le contraire, ment-il alors, ou ne ment-il pas ? Selon la définition l’on ne sauroit dire qu’il ment. Car s’il donne de la fausse monnoie à un homme auquel il ne doit rien, il trompe cet homme, sans doute, mais il ne le vole pas.
Il se présente ici deux questions à examiner, très-importantes l’une et l’autre. La premiere, quand et comment on doit à autrui la vérité, puisqu’on ne la doit pas toujours. La seconde, s’il est des cas où l’on puisse tromper innocemment. Cette seconde question est très-décidée, je le sais bien ; négativement dans les livres, où la plus austere morale ne coûte rien à l’Auteur, affirmativement dans la société où la morale des livres passe pour un bavardage impossible à pratiquer. Laissons donc ces autorités qui se contredisent, et cherchons par mes propres principes à résoudre pour moi ces questions.
La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens. Sans elle l’homme est aveugle ; elle est l’œil de la raison. C’est par elle que l’homme apprend à se conduire, à être ce qu’il doit être, à faire ce qu’il doit faire, à tendre à sa véritable fin. La vérité particuliere et individuelle n’est pas toujours un bien, elle est quelquefois un mal, très-souvent une chose indifférente. Les choses qu’il importe à un homme de savoir et dont la connoissance est nécessaire à son bonheur, ne sont peut-être pas en grand nombre, mais en quelque nombre qu’elles soient elles sont un bien qui lui appartient qu’il a droit de réclamer par-tout où il le trouve, et dont on ne peut le frustrer sans commettre le plus inique de tous les vols, puisqu’elle est de ces biens communs à tous, dont la communication n’en prive point celui qui le donne."
Jean Jacques Rousseau, in "Les rêveries du promeneur solitaire / Quatrième promenade"
[Acrylic on canvas - 130cm x 80]
"La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens" - Jean Jacques Rousseau, in "Les rêveries du promeneur solitaire / Quatrième promenade"
"Je me souviens d’avoir lu dans un livre de philosophie que mentir c’est cacher une vérité que l’on doit manifester. Il suit bien de cette définition que taire une vérité qu’on n’est pas obligé de dire n’est pas mentir : mais celui qui non content en pareil cas de ne pas dire la vérité dit le contraire, ment-il alors, ou ne ment-il pas ? Selon la définition l’on ne sauroit dire qu’il ment. Car s’il donne de la fausse monnoie à un homme auquel il ne doit rien, il trompe cet homme, sans doute, mais il ne le vole pas.
Il se présente ici deux questions à examiner, très-importantes l’une et l’autre. La premiere, quand et comment on doit à autrui la vérité, puisqu’on ne la doit pas toujours. La seconde, s’il est des cas où l’on puisse tromper innocemment. Cette seconde question est très-décidée, je le sais bien ; négativement dans les livres, où la plus austere morale ne coûte rien à l’Auteur, affirmativement dans la société où la morale des livres passe pour un bavardage impossible à pratiquer. Laissons donc ces autorités qui se contredisent, et cherchons par mes propres principes à résoudre pour moi ces questions.
La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens. Sans elle l’homme est aveugle ; elle est l’œil de la raison. C’est par elle que l’homme apprend à se conduire, à être ce qu’il doit être, à faire ce qu’il doit faire, à tendre à sa véritable fin. La vérité particuliere et individuelle n’est pas toujours un bien, elle est quelquefois un mal, très-souvent une chose indifférente. Les choses qu’il importe à un homme de savoir et dont la connoissance est nécessaire à son bonheur, ne sont peut-être pas en grand nombre, mais en quelque nombre qu’elles soient elles sont un bien qui lui appartient qu’il a droit de réclamer par-tout où il le trouve, et dont on ne peut le frustrer sans commettre le plus inique de tous les vols, puisqu’elle est de ces biens communs à tous, dont la communication n’en prive point celui qui le donne."
Jean Jacques Rousseau, in "Les rêveries du promeneur solitaire / Quatrième promenade"
[Acrylic on canvas - 130cm x 80]
"La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens" - Jean Jacques Rousseau, in "Les rêveries du promeneur solitaire / Quatrième promenade"
"Je me souviens d’avoir lu dans un livre de philosophie que mentir c’est cacher une vérité que l’on doit manifester. Il suit bien de cette définition que taire une vérité qu’on n’est pas obligé de dire n’est pas mentir : mais celui qui non content en pareil cas de ne pas dire la vérité dit le contraire, ment-il alors, ou ne ment-il pas ? Selon la définition l’on ne sauroit dire qu’il ment. Car s’il donne de la fausse monnoie à un homme auquel il ne doit rien, il trompe cet homme, sans doute, mais il ne le vole pas.
Il se présente ici deux questions à examiner, très-importantes l’une et l’autre. La premiere, quand et comment on doit à autrui la vérité, puisqu’on ne la doit pas toujours. La seconde, s’il est des cas où l’on puisse tromper innocemment. Cette seconde question est très-décidée, je le sais bien ; négativement dans les livres, où la plus austere morale ne coûte rien à l’Auteur, affirmativement dans la société où la morale des livres passe pour un bavardage impossible à pratiquer. Laissons donc ces autorités qui se contredisent, et cherchons par mes propres principes à résoudre pour moi ces questions.
La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens. Sans elle l’homme est aveugle ; elle est l’œil de la raison. C’est par elle que l’homme apprend à se conduire, à être ce qu’il doit être, à faire ce qu’il doit faire, à tendre à sa véritable fin. La vérité particuliere et individuelle n’est pas toujours un bien, elle est quelquefois un mal, très-souvent une chose indifférente. Les choses qu’il importe à un homme de savoir et dont la connoissance est nécessaire à son bonheur, ne sont peut-être pas en grand nombre, mais en quelque nombre qu’elles soient elles sont un bien qui lui appartient qu’il a droit de réclamer par-tout où il le trouve, et dont on ne peut le frustrer sans commettre le plus inique de tous les vols, puisqu’elle est de ces biens communs à tous, dont la communication n’en prive point celui qui le donne."
Jean Jacques Rousseau, in "Les rêveries du promeneur solitaire / Quatrième promenade"